+ noël

Bienvenue sur mon blog.
Il n'est jamais trop tard pour s'y mettre ! N'ayant jamais pratiqué de sport, je suis venu à la course à pied par hasard l'année de mes 40 ans. Comment on devient sportif sur le tard ? Lire ici.
Ce blog est destiné à vous faire découvrir, petit à petit, mon parcours de "sportif", depuis août 2008 et mon plus gros défi à l'époque : UTMB (CCC), 98 km autour du Mont Blanc. Ce qui m'a donné l'envie de partager mes impressions.
2010 = 10 années de courses à pied. Découvrez la rétrospective dans le détail ici.

N'hésitez pas à me rendre visite régulièrement et me laisser vos commentaires. Merci.
Bernard. (Bernard RONGVAUX, Virton, Belgique)

" Un pessimiste voit des difficultés dans chaque opportunité. Un optimiste voit des opportunités dans chaque difficulté "
"On ne s'arrête pas de courir parce qu'on vieillit, on vieillit parce qu'on arrête de courir"
Note :si des pages pop-up indésirables s'ouvrent, c'est totalement indépendant de ma volonté.
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mardi 18 septembre 2018

♣ Ultra Tour des 4 Massifs (UT4M), Grenoble (F)



Vendredi 24 au dimanche 26 août 2018

170 km - 11000mD+

Tout a commencé en janvier dernier, lorsque nous apprenions notre non-sélection à l'Ultra Tour du Mont-Blanc (UTMB). Un peu dépités, car nous nous étions fixé cet objectif cette année : réaliser au moins 1 fois un 170km, juste pour voir, juste pour essayer..
Nous jetons alors notre dévolu sur l'UT4M, que nous connaissons en partie, pour avoir fait le 80km en 2013 et 2014. Une organisation simple et sympa ! Sauf que le parcours me semble bien plus dur et cassant que l'UTMB (UTMB que je connais dans sa majorité du parcours après l'avoir tenté en 2011, et après avoir fait 2 fois la CCC, et plusieurs reconnaissances)
Pour une première, ce ne sera pas de la tarte !!
Puis, les mois passant, on se pose de plus en plus de questions et d'incertitudes: sommes-nous à la hauteur ? Saurons-nous gérer ? ....
On en vient même à vouloir passer sur la version "challenge", en 4 jours. Mais le règlement ne l'autorise pas. Tant pis, ce sera donc la TOTALE !!

Quelques semaines avant l’événement, notre ami Xavier Boulanger, traileur-organisateur (la Carolipontoise)-journaliste, acteur "Bécasine" à ses heures, nous fait part de sa démarche pour réaliser un article sur cette course pour un magazine français, Trail Endurance Mag. Petite précision, qu'il nous fournira peu de temps avant la course : "le reportage, ce sera sur vous 2" !!!
"Quoi ?? Mais tu vas nous mettre la pression, là !!"
"Non, non, vous ferez comme si je n'étais pas là..."
"Ben voyons...!"

Nous voilà donc embarqués dans une sacrée aventure...

Ce ne fut pas qu'un long fleuve tranquille...
Mercredi 22 août
Arrivée en train à Grenoble en fin d'après-midi. Il fait lourd et chaud.

Nous nous installons rapidement à notre hôtel et allons faire un tour sur le "village trail", lieu d'arrivée. Un peu vide en ce début de soirée...



Bon, tant qu'on est là, allons chercher nos dossards...Peu d'indications...On nous envoie sur l'autre rue, dans une salle pas spécialement accueillante de l'extérieur....
"Bonjour, numéro 131"
Le Monsieur semble abasourdi et me regarde d'un air "extra-terrestre"..
"Comment ? Ce n'est pas 1000 et quelque-chose?" Me réplique-t-il.
"Ben, non, c'est juste 131.....sur le 160 XTrem".
"Ah, je vois..."
Contrôle TOTAL du matériel, nous avons dû vider notre sac dans un bac.
"Bon, tout est là, parfait."
Il me donne mon enveloppe, les sacs d'appoint, sans aucune autre précision, si ce n'est d'aller activer la puce sur la base d'arrivée..
"Ah oui, là d'où nous venons..."
C'est Céline qui m'expliquera qu'il y a des bracelets pour le buffet d'arrivée et pour l'accès aux télécabines, pour les accompagnants.
Retour sur la base pour la puce..
"C'est ici ?"
"Ah, non, ce doit être là-bas au fond,.... je pense...."
Direction le chapiteau du fond, sous les grondements de l'orage qui monte.
A peine abrités, que le déluge s'abat sur la ville !!!
"Pour le 132 (Céline), c'est bon, pasta-party et buffet d'après-course. Pour le 131 (moi), il n'y a rien..."
"Comment ça, rien ? Mais...J'ai payé pour la pasta et le repas d'après-course est normalement compris..."
"Ah bon ? J'appelle le responsable..".
Qui arrivera 40min plus tard, trempé jusqu'aux os..
"Pour la pasta, je note sur  l'arrière du dossard, et pour le buffet, vous avez le bracelet.."

Tout cela nous semble un peu brouillon et un peu froid. Où est l'accueil charmant et la simplicité des premières éditions??






Jeudi 23 août
En parcourant le site internet de la course, on lit qu'un "welcome bag" est distribué avec le dossard.
"Ah bon ? Hier on ne nous a rien donné.."
Retour donc vers la base, avec Xavier, qui nous a rejoint entre-temps.
Effectivement, nous avons droit à ce "sac de bienvenue". Petite séance photos pour Xavier et son article....Ça commence...😉.

(crédit photo : Xavier Boulanger)

Petite ballade en ville. Puis je retourne le soir pour le briefing (ben oui, prévu à 18h..).
Le responsable nous a tout noirci côté météo : chute des t°, vent, brouillard, parcours de repli, neige possible, orages... Bref, la totale pas rassurante. En fait, je pense qu'il insiste pour être certain que nous emportions tout le matériel obligatoire (oui, même les gants, bonnet, sur-pantalon et couche chaude..!) !! On verra plus tard qu'il n'avait pas tout à fait tort......😒
Il fait beau..."Mais dans 1h, on sera sous les orages", nous précise le speaker ! Heureusement, il s'est un peu trompé !
Bon, bulletins météo consultés à la télé, effectivement, ça se dégrade, mais peut-être pas à ce point...
Pasta-party le soir, fallait deviner l'endroit, rien n'était indiqué !! Heureusement qu'on nous avait renseigné l'endroit qui était le même que lors de notre venue précédente. Ouf !
Allez, dodo bien mérité et nécessaire...
La météo est restée douce.....

Vendredi 24 août
Apparemment, il a plu un peu la nuit. Le temps est doux et orageux.
Préparation des sacs d'allègement. 2 suffiront, 1 à mi-course à Rioupéroux (km 88) et le 2e à Saint-Nazaire (km 125). Celui du km 40 ne sera pas nécessaire..
Vérification du sac de course avec mémorisation de l'emplacement du matériel. Parfait, tout rentre !

Xavier s'est arrangé pour nous prendre avec lui dans la navette de l'organisation qui nous amène sur le lieu du départ à Seyssins. Sympa et facile, no stress !! Là aussi, fallait trouver par ses propres moyens...
Je lui communique nos estimations de temps de passage : si on tient la moyenne de 4km/h (arrêts compris), on peut boucler en 42h35', ce qui me paraît bien optimiste. Plus raisonnablement en 3,5 km/h, cela nous donnerait 48h35, plus réaliste. La moyenne minimale pour passer tout juste aux temps limites est de 3,3 km/h.

Dépôt des sacs d'allègement et ... attente !




Les trois en orange, par hazard, on ne s'est pas consultés !!
2h encore.... Heureusement, il fait beau et on peut s'allonger sur la pelouse. Nous y retrouvons notre ami Thierry BARRAS, un Gaumais comme nous (un habitué des ultras : UTMB, Diagonale des Fous....)! Il va le tenter, mais sans conviction, problème de genoux...
Présente,  également de notre région, Corine Paoletti qui tente aussi son premier 170km..
Avec notre ami Thierry !
 Nous approchons de l'heure fatidique (16h00). A 15h10, ouverture du sas de départ et .... contrôle complet des sacs !!
"C'est une blague ?? On partira quand ??"
Finalement, vu l'approche de l'heure, les contrôles seront de plus en plus succins..
"Le surpantalon et la frontale ? OK, c'est bon !"


Xavier s'est équipé pour courir avec nous les 40 premiers kms.
"Mais tu vas t'ennuyer, nous allons être relativement lents et prudents, surtout en début de course", lui lance Céline.
"Pas de soucis, je m'adapte, de toutes façons, je n'ai pas d'entraînement spécifique", rétorque Xavier.

16h05 environ : c'est parti pour 470 coureurs et une grande aventure...

Xavier, en mode "reportage".

Les 40 premiers km se déroulent dans le massif du Vercors, réputé pour son terrain difficile.
Les premiers km sont en montagne russe, en prenant régulièrement de l'altitude. Nous devons passer de 220m à un peu plus de 1800 en l'espace d'environ 15km. Oui "environ", car le profil donné est "assez imprécis et l'emplacement des ravitaillements est assez approximatif, à 2km près", ai-je prévenu Céline. J'y ai moi-même reporté les altitudes des cols à passer (dont j'ignore les noms...). L'altimètre, lui,  ne trompe pas..
Un profil "impressionnant" !!


Nous nous dirigeons vers le passage de Moucherotte, via la piste de ski des jeux olympiques de Grenoble de 1968. Inutile de vous préciser qu'elle n'est plus vraiment en état et que la végétation y a repris ses droits. Nous montons par un escalier assez vétuste.. Mais de là-haut, la vue est superbe sur la ville de Grenoble !!



(crédit photo : Xavier Boulanger)

Quelques petites relances en descente nous permettent de bien nous défouler et de prendre un peu d'avance. On "tourne" à du 5km/h.
Saint-Nizier du Moucherotte : premier ravitaillement, km 11,4, déjà 1070m de dénivelé positif (D+). On avait pensé le zapper, mais en fait l'estomac réclame un peu, alors on se restaure, avant la nuit. Limite horaire 20h00, il est 18h12'. Pas de soucis... Nous sommes 403e sur 470 partants.

La pointe de Moucherotte se dessine devant nous..Une sacrée belle bosse à passer. Céline monte à son petit rythme bien régulier. Au sommet (1870m), la vue est splendide sur la ville. Mais le vent souffle, et nous mettons vite la veste (que nous ne garderons pas longtemps, car plus bas, ça se réchauffe vite).


En regardant bien, on aperçoit les petits points de couleur qui montent....(sur la droite)

(crédit photo : Xavier Boulanger)

                         (crédit photo : Xavier Boulanger)




 On profite 2-3 minutes, puis on attaque la descente, un peu technique, puis bien roulante, jusqu'à Lans-en-Vercors, km 19,4, 2e ravitaillement et nouvelle barrière horaire. Je fais le point : la limite est à 23h00, et nous sommes pointés à 19h51'. On a de la marge. Mais n'allons-nous pas un peu trop vite?? Prudence... Nous sommes 394e.




Ensuite, il nous faut grimper encore 500m de D+ sur à peine 5km, pour passer le Pic St-Michel à 1945m d'alt.  Cette montée est très raide et très longue. Céline adopte son rythme, et se détache tout doucement.







Je traîne un peu la patte, car cela me semble un peu vite. A ce rythme, les crampes auront vite fait de me rattraper... Cette fois, nous sommes de nuit. La descente suivante (1570m de D- !) , je la ferai également moins vite. Déjà un petit coup de mou ??

Arrivé au ravito suivant, St-Paul-de-Varces (370m), km 30. Xavier et Céline m'attendent et découvrent ma mine un peu déconfite.

Oui, mais bon, ça va aller, hein ... - (crédit photo : Xavier Boulanger)

"A ce rythme-là, je ne te suivrai pas, et on n'arrivera pas au bout", dis-je à ma traileuse, un peu emportée par sa fougue.. "On est à du 5km/h !!"
"Oui, c'est vrai, on repart ensemble et on y restera" me répond-elle. Ce qui me rassure.
J'ai besoin de 15-20min de repos avant de me relancer.

Allez, c'est reparti. Une belle bosse (Montagne d'Uriol,400m D+) puis, une descente du même acabit jusqu'à la première base de vie : Vif. Qui marque la fin du premier massif. Mon rythme est meilleur...
Et Xavier nous abandonne ici....

Barrière à 04h30, il est 23h40., soit déjà 04h50 d'avance !! On est déjà largement par rapport à nos prévisions, reste à se maintenir. Maintenant, tant qu'on reste au-dessus de 3,3 km/h, et qu'on ne s'arrête pas des heures, nous garderons notre avance. No stress !!
Nous sommes 316e au pointage d'entrée et .... 263e au pointage de sortie, 20min plus tard !

(Samedi 25 août)

Nous attaquons le 2e massif : l'Oisans. Moins pentu dans sa première partie, nous allons parcourir la grosse moitié de nuit. Il nous semble prendre régulièrement de longs chemins et de petites routes. Moins intéressant, c'est bien qu'il fasse noir.
Laffrey, km 53, 02h43 (limite à 08h30). Alt 916m. Petit ravito rapide.

On attaque ensuite, progressivement, un des gros morceau, La Morte, avec le ravitaillement à mi-montée. On passe par un pic à 1530m, pour redescendre un peu, puis remonter à nouveau à 1480m.
Nous resterons environ 30min au ravito, petite pause du matin ( il est 05h35). Une kiné propose un petit massage à Céline, car elle "doit soigner une femme", précise-t-elle ! Mince, j'aurais bien fait cobaye aussi, moi ! 😊
On profite et on se détend..

Nous attaquons l'ascension suivante avec le lever du jour. Quasi 1000 m de D+ à se farcir. Il ne fait pas très chaud, et nous montons bien raisonnablement... Nous passons assez vite au-dessus des nuages et sommes gratifiés du spectacle de la "mer de nuage", toujours assez spectaculaire ! Nous passons par un des sommets le plus haut de notre périple : 2340m !




Ensuite, la descente n'est pas franche, nous évoluons un peu sur la crête avant d'entamer doucement la descente. Il ne fait pas très chaud, et le soleil qui se pointe est le bienvenu.




Lac du Poursollet, petit point ravitaillement, qui fut un peu long à venir.... 1790m , km 73, 17h51 de course, 196e !
On ne traîne pas....

De là, nous devons remonter 250m de D+ encore. Eh oui, ce n'est jamais fini....

Avant d'entamer la longue descente, avec plaisir et entrain, via une petite pause au  Chalet de la Barrière ( non repris sur le profil), petite étable de montagne sympa, juste le temps de grignoter un truc (et un Tuc..) et dire bonjour, puis c'est reparti pour la suite de cette longue descente en lacets, bien agréable.


Nous apercevons Rioupéroux, 2e base de vie. Xavier nous attend en bas de la descente et est un peu surpris de notre arrivée si rapide. Nous sprintons même jusqu'au lieu de ravito ! Un vrai plaisir!


"Wouah, vous avez l'air bien plus frais que la plupart des concurrents qui arrivent maintenant", nous confie-t-il.
"Ah bon ? Ben oui, on se  sent bien..."
km 85, alt 840m, 12h14 à notre entrée (limite fixée à .....18h40 !). Nous sommes 180e.
Xavier nous sert un peu d'assistance, s'occupe de nos sacs de délestage, poches à eau. Cela fait du bien d'être un peu "chouchoutés" et réconfortés !! Nous n'avons pas l'habitude d'être assistés. Mais là, on en profite un peu ..😉

Notre seule intervention vestimentaire sera le changement de t-shirt. De l'orange, nous passons au bleu. Pour le reste, on ne touche à rien tant que cela n'est pas nécessaire...Pendant que certains se douchent, se changent complètement, dorment....
Ici, nous prenons un peu notre temps : bol de pâtes (des coquillettes à la sauce tomate, un régal !), coca, puis ...coca, eau pétillante, bouillon.
Sortie 45' plus tard, à 13h00, en 169e position. Pas mal d'abandons seront notifiés ici...

La suite, nous la connaissons, c'est le parcours du 80km. Et ce n'est pas le plus facile !!
Changement de massif, nous attaquons Belledonne !!
Et pour une entrée en matière dans ce massif : un kilomètre vertical ! On va passer de 535 à 1610m d'un seul tenant, sur à peine 3kms ! C'est du costaud. A monter relax, car ensuite, ce n'est pas fini.





Une fois atteint le plateau de l'Arselle, avec une nouvelle pause ravito-éclair, on se dirige vers la Croix de Chamrousse, où on nous annonce un temps pourri. A l'Arselle, déjà, il fait nettement plus frais.


On nous fait contourner le passage à la station de Chamrousse à cause de la course de côte automobile qui s'y déroule, et dont on entend, tout proches, les vrombissements des moteurs en pleine charge. Dommage qu'on ne puisse profiter un peu de ce spectacle....
La montée vers la Croix n'est pas très pentue, mais longue. Et surtout, de plus en plus froide et venteuse ! Et la visibilité diminue au fur et à mesure que l'on monte dans le brouillard...Pffffff, c'est moins drôle. Quasi au sommet, nous n'apercevons que timidement les balises, et enfin, le bâtiment dans les dernières dizaines de mètres. Heureusement qu'un signaleur est présent pour nous indiquer la direction à suivre....

Croix de Chamrousse, alt 2240m, km 95. Il est 17h05 à notre arrivée, nous sommes gelés !! Malheureusement, le ravitaillement n'est pas dans le bâtiment, mais sous tente juste à côté. De plus, le pointage des puces ne fonctionne plus. 1, 2, 3 essais, rien n'y fait.
"Dites, on n'est pas montés jusqu'ici pour rien quand même ??"
"Non, rassurez-vous, on note sur papier et on transmettra"
"Bon, vous êtes sûrs, hein ?"
Non, mais, faudrait pas qu'on vienne nous dire après qu'on n'est pas passés....Je fais une photo, on ne sait jamais...
On s'engouffre alors jusqu'au fond de la tente, près des réchauds à soupe, pour profiter d'un peu de chaleur, et s'équiper plus chaudement pour la suite.


Toutes les couches vont y passer, jusqu'au sur-pantalon et la bonnette pour Céline. Nous resterons là quasi 1h ! Sortie à 18h00, ce qui nous laisse encore une avance confortable de 05h45 sur la barrière (23h45) !
Il nous faut à nouveau affronter ces éléments météo défavorables (un vent très fort et glacial), pour d'abord redescendre un peu vers les lacs.

Alors, c'est par où ??

Puis la visibilité s'améliore avec un terrain pas facile, en montée-descente, vers le refuge de La Pra, que nous atteignons après un passage relativement long, à 20h02, toujours avec ce vent qui nous glace...






Là également, le pointage est à l'extérieur, nous ne faisons donc que passer. La bonne nouvelle, c'est qu'on nous annonce à ce moment que la montée vers le col du Grand Colon (2340m) est supprimée, trop mauvais temps.
"Ouf, soupire-t-on, cela nous fait une belle ascension-descente en moins (500m de D+)". Et vu les conditions, on apprécie..
Mais, figés par le froid, nous entamons la descente en mode prudence... Cette descente sera longue et technique. Céline en aura les larmes aux yeux, de ras-le-bol...Ce fut son passage de "moins bien"...
Si la météo ne s'améliore pas, nous jurons de nous arrêter au prochain ravito et de rentrer à l'hôtel nous mettre au chaud !! Ben oui, quand on est hyper frileux comme nous, ce n'est pas facile. On préfère gérer la canicule...

Ah oui, ça caille, n'est-ce pas ?


La nuit s'installe doucement....Au fur et à mesure que nous perdons de l'altitude, le vent faiblit et la température remonte quelque peu...
J'ai l'estomac qui réclame, mais je n'arrive à rien avaler. Je tente une barre de céréales, mais ça ne passe pas. Je me contenterai de quelques gorgées d'eau pour essayer d'apaiser ma faim...Je rêve de pâtes...
Nous rejoignons la petite route, passage un peu longuet, mais bienfaisant, vers la pause de Freydières. Il fait nettement plus doux, et nous reprenons vigueur. Un orage se pointe, nous atteindrons la tente du ravitaillement pile avant la grosse averse!
"Ouf, si en plus nous sommes mouillés, alors....."

Bon, Xavier nous attend à la base de vie suivante, à St-Nazaire. Allons au moins jusque là, et nous ferons le point.
On nous annonce 14km pour y aller, cela me paraît bien long, par rapport à ce que je me souviens de notre passage précédent...
Bon, la pluie a cessé; on se remet en route, en mode course pour garder le rythme..C'est tout en descente, sentiers et un peu de route.
En fond de vallée, nous arrivons sur un ravito imprévu, que je pense être la base de vie. Mais cela me semble un peu petit, ce n'est pas la salle habituelle...
"Non, c'est juste un point d'eau ici. Il vous reste 6km jusqu'à St-Nazaire"
"Ah, bon, encore ? "Cela me semble interminable... Un coureur qui nous rejoint a les mêmes réactions que nous, et la même déception....
Ah non, ici ce n'est pas St-Nazaire...!

(Dimanche 26 août)

Xavier m'appelle...Il vient à notre rencontre..
Ces 6km, sur route, piste cyclable, rond point, chemin, seront sans intérêt, interminables et usants...
Enfin, la salle est en vue, après bien des détours...
 Saint-Nazaire les Eymes (alt 330m), dernière base de vie. Entrée à 01h45. Km 125. Barrière horaire à 08h00.


Première chose: les pâtes !! Ce qui me fait un bien fou et rétablit mon estomac. Avec quelques coca, eau pét et bouillon, mon cocktail à chaque ravito !!
Xavier nous encourage : "Vous êtes bien, là ! 171e ! Go, go, je ferai les derniers km avec vous..."
Ok, d'accord, mais puisque nous avons le temps (un peu plus de 6h..), nous allons dormir un peu.
Je nous accorde 1h de sommeil, réveil à 03h.

(crédit photo : Xavier Boulanger)

(crédit photo : Xavier Boulanger)
Nous apprenons aussi que le passage aller-retour au sommet de Chamechaude est supprimé, pour cause de mauvaises conditions météo. Il s'agit d'un passage tout en pierrier, très technique. Bon, tant pis pour le parcours, mais...tant mieux pour nous aujourd'hui, na !
Cela nous donne un petit coup de bien au moral...On ne sait pas de combien de kms le parcours est raccourci...
Lit de camp et couverture sont à notre disposition, dans une salle relativement calme.
Xavier, dans son rôle d'assistant, surveille nos affaires..
Nous dormirons, en fait, 45min. Réveil à 03h, se rééquiper, manger à nouveau un petit bout, un café (ben non, pas les croissants..."M'enfin, Xavier, et les croissants ??" 😊), et nous voilà "frais" et dispos pour la suite.

(crédit photo : Xavier Boulanger)

Je scrute le ciel : on voit les étoiles et une belle lune, donc pas de nuages, donc pas de pluie.
"C'est bon, on peut y aller !"
Nous pointons la sortie à 03h20.

Nous voilà repartis à l'assaut du 4e massif : la Chartreuse.
On sait qu'une belle et longue montée nous attend, on s'en souvient bien : 1100m de D+ sur 7km environ. Il y aura bien l'une ou l'autre petite relance, mais assez courte.
Après 1h de montée, Céline accuse le coup. De 04h à 06h, ce sera le gros coup de mou et de fatigue pour elle. Elle s'accroche et monte lentement, en assurant et ne pas s'endormir.
"Pas de soucis, va à ton aise, nous avons du temps devant nous.."
Cela paraitra bien long avant que le jour se lève et redonne vigueur à ma traileuse bien courageuse. Il fait à nouveau bien froid sur le matin, et en prenant de l'altitude.

Le chemin sera encore bien long et fort pentu jusqu'au prochain objectif : Habert de Chamechaude (1637m). Cette fois, nous pouvons entrer dans ce petit refuge bien accueillant, avec un petit poêle à bois qui fait du bien. Bon petit ravito: café, gâteaux, tout ce qu'il faut pour bien démarrer le reste de la journée 😉.


Mais ce n'est pas le moment de s'attarder...Nous repartons, sous le soleil..
Il nous faut encore monter un peu, puis c'est un sentier en balcon, assez facile.
Puis, soudain, paf ! C'est la chute ! Mon pied gauche reste coincé sur une racine et je m'étale de tout mon poids, la tête sur un rocher. Je n'ai pas eu le temps de me retenir...Ma tête a cogné avec un bruit sourd et le sang s'est mis à couler. Je me dégrogne tout haut en cherchant vainement mon mouchoir....
"Prend ton buff (tour de cou, pour les non-initiés..)", me lance Céline qui reste pétrifiée sur le moment.. Je m'éponge en me relevant, Céline m'inspecte.
"Apparemment ce ne sont que des éraflures, tu as mal ?"
"Non, pas de douleurs, juste une grosse frayeur".
Je reprend la marche en me tenant le front et le nez dans mon buff maculé de sang...
Un concurrent qui s'est inquiété de mon état, me rassure : "Dans quelques centaines de mètres, il y a un pointage et un poste de secours, je vais les prévenir!" Sympa, l'esprit trail !
Effectivement, nous arrivons assez vite au pointage dit de "la Cabane". Les secours me prennent en charge. Je ne saigne déjà quasi plus (je coagule très vite, en fait..). Nettoyage, questions sur mon état général, 2 généreux pansements.
"Vous continuez ou vous souhaitez arrêter ici?" me demande un soigneur.
"Quoi, arrêter, si près du but ? (on est alors au 142e km) Vous n'y pensez-pas ?...Bien sûr que je continue !"
Et au bout d'une dizaine de minutes à peine, je m'élance dans la descente à la poursuite de Céline à qui j'ai dit de continuer pour ne pas prendre froid.
Les premières centaines de mètres seront abordées prudemment, puis, je reprend assez vite confiance, tout en restant très concentré. Je ne ressent aucune douleur ni gêne, c'est bon signe.. OUF, quelle chance ! Heureusement que nous n'étions pas en mode rapide en pleine descente, sinon c'était l'hôpital direct !!
S'ensuit 5km de belle descente, où on prend à nouveau plaisir.

Le Sappey, km 152,avant-dernier ravitaillement, nous sommes redescendus à 1030m.
Il fait à nouveau beau et bon. Notre moyenne horaire a chuté quelque peu, mais tant qu'on reste au-dessus des 3,3 km/h, on prend toujours un peu d'avance. Nous sommes dans le bon..
Xavier est présent et nous voit débouler à toute allure. Quelle ne fut pas sa tête en me voyant, placardé de sparadraps.
"Bon, juste un petit accident de parcours, rien de grave heureusement" le rassurai-je.
 (crédit photo : Xavier Boulanger)
Je ne sais pas pourquoi les gens me regardent bizarrement...:-) -(crédit photo : Xavier Boulanger)

 "OK, je termine avec vous"!
"Super !"
 Passage éclair au ravito, et on repart de plus belle.

On descend encore un peu, puis ça remonte vigoureusement: 300m de D+ jusqu'au Fort de Seynard (1325m). Avec une vue magnifique sur Grenoble !!
(crédit photo : Xavier Boulanger)


Ensuite on replonge vers le Col de Vence (910m) pour un ultime ravitaillement avant l'arrivée. Nous sommes alors au 159e km. Nous touchons au but, il est temps de hisser les couleurs nationales, le drapeau est de sortie !!


Mais les 10 derniers km ne seront pas de tout repos. Si on nous précise que "cela ne fait plus que descendre", il ne faut pas écouter les gens ! Car il faudra encore bien monter, en direction de la Bastille. Montée longue, suivie d'une descente sur chemin très caillouteux, sur lesquels Céline peste pendant plusieurs km, avec un petit orteil qui a souffert et est très douloureux. Elle en coulera des larmes de rage sur ce chemin qui semble interminable !!
Après de nombreux et nombreux virages sur ce chemin en épingle, nous atteignons - enfin!- l'accès à la Bastille.

(crédit photo : Xavier Boulanger)

(crédit photo : Xavier Boulanger)
Céline reprend vigueur et ses esprits, sachant l'arche toute proche cette fois. Et c'est l'envolée dans la dizaine (au moins..) de volées d'escaliers qui parsèment la traversée de cette Bastille, jusqu'à atteindre le chemin plus large en lacet qui nous emmène en ville.
(crédit photo : Xavier Boulanger)

(crédit photo : Xavier Boulanger)

(crédit photo : Xavier Boulanger)

(crédit photo : Xavier Boulanger)

Ne reste plus alors, qu'à suivre les lignes rouges au sol, traverser le centre historique (un peu vide en ce dimanche...), jusqu'aux terrasses des cafés, remplies elles, à l'approche de l'arrivée. Sous les acclamations de tout ce public, nous franchissons cette ligne fatidique du 169e km, heureux et émus, après 45h35 de course !!!

(crédit photo : Xavier Boulanger)
(crédit photo : Xavier Boulanger)

(crédit photo : Xavier Boulanger)
(crédit photo : Xavier Boulanger)

Super heureux et émus de cette réussite !!!  - (crédit photo : Xavier Boulanger)
C'est fait, c'est bouclé ! Notre premier 170km. Record de distance et de temps pour nous.
Notre état général est bon, pas de fatigue musculaire particulière; ni côté sommeil, nous ne sommes pas prêts à nous effondrer.
Nous profitons pleinement de ces moments "jubilatoires" et des félicitations de notre ami Xavier, que l'on remercie également de sa présence qui nous a bien aidés !

(crédit photo : Xavier Boulanger)
Ne reste plus qu'à prendre possession de nos cadeaux "FINISHER" : t-shirt et veste coupe-vent Raidlight.


Une sacrée aventure et une belle expérience très enrichissante. Avec un peu plus de 5h d'avance sur le temps limite,  chose inespérée au départ.

Résultat : 45:35:39 - 171 et 172e/269 classés - 470 partants - 22e/44 V2H
                  Céline10e Dames - 6e/8 V1F 

PS 1 : le temps officiel repris dans les classements est de 46h28'56", il tient compte d'une pénalité forfaitaire appliquée à cause de la suppression d'une boucle sur le parcours (pénalité 53' 17").
Néanmoins, mon GPS affichait bien 169km à l'arrivée, avec le temps réel de 45h35' !! Qu'en serait-il alors si nous avions fait la parcours entier : 175-180 km ???
Notre moyenne horaire est de 3,7 km/h.

         temps fourni à l'arrivée                                                    temps après pénalité








PS 2 : des nouvelles de nos compatriotes :
- Thierry Barras abandonnera à Rioupéroux, suite à ses problèmes de genoux (km 88). Dommage...
- Corine Paoletti, après avoir fait le yo-yo à plusieurs reprises avec nous, terminera en bonne forme 12min derrière nous. Bravo !

Lors de cette course, Céline a eu l'occasion, via Xavier, de tester un nouveau concept de lampe frontale, conçu et fabriqué par une Start'up française Go'Lum. Test très positif, très légère et puissante, seule son autonomie n'a pu être testée, puisque mise en milieu de la seconde nuit seulement. (vidéo ici)


 Nous avons hâte de découvrir l'article de Xavier dans Trail Endurance Mag, à la mi-octobre !


Fin de l'aventure ? Pas tout à fait....Il reste le chemin du retour, en train, qui ne fut pas non plus un long fleuve tranquille et reposant comme on aurait pu l'imaginer.
Départ de Grenoble vers 10h du mat, direction Paris. Changement de gare et pause repas.
"Le plat du jour en 30min, c'est faisable ?"
Ensuite, prévu Paris -Luxembourg. Mais suite à un problème technique, changement de rame à Metz.
De Luxembourg, direction Rodange, via Esch. Suite à des travaux, le train est remplacé par un bus...
Attente à Rodange, puis de nouveau à Athus, pour arriver à Virton vers....20h !!
OUF !! Cette fois, c'est bon, on est chez nous !
"Ben oui, mais...il me manque un sac...mon sac à dos, avec tout le matériel dedans !!" Mince, oublié dans un train !!
Heureusement, je récupèrerai le tout le lendemain aux objets trouvés en gare de Luxembourg.
L'aventure se termine bien !